Achraf Hakimi et le défi des récompenses : Pourquoi les défenseurs restent dans l’ombre en Afrique

Almaghribia Almostakill :  : Damaan Mohamed

La non-nomination d’Achraf Hakimi en tant que meilleur joueur africain relance un débat ancien mais toujours d’actualité : pourquoi les défenseurs sont-ils souvent ignorés dans les distinctions individuelles en Afrique ? Alors que le talent du latéral marocain est incontestable avec l’équipe nationale du Maroc et aussi au sein de son club parisien, cette situation met en lumière plusieurs biais structurels qui défavorisent les joueurs évoluant à des postes défensifs.

-Le poids de la popularité des attaquants
Il est indéniable que dans le football moderne, les attaquants bénéficient d’une visibilité et d’une valorisation bien supérieures à celles des autres postes. Cette préférence s’explique en grande partie par leur rôle décisif dans le spectacle du jeu. Marquer des buts est l’élément le plus visible et le plus célébré dans le football, éclipsant bien souvent le travail des défenseurs.

Ce biais se voit aussi sur le marché des transferts, où les attaquants sont souvent vendus à des prix bien plus élevés. Cela leur donne une réputation qui influence, directement ou non, les votes pour les récompenses individuelles. Achraf Hakimi, pourtant considéré comme l’un des meilleurs défenseurs au monde, n’échappe pas à cette réalité.

Le cas de Noureddine Naybet est d’ailleurs emblématique : malgré des saisons exceptionnelles et une carrière solide en Europe, l’ancien défenseur marocain n’a jamais été couronné meilleur joueur africain. Preuve que les défenseurs, aussi brillants soient-ils, évoluent dans l’ombre des buteurs et créateurs offensifs.

-Le système de vote et les préférences régionales
Un autre point important concerne la façon dont le titre est attribué. Le choix du meilleur joueur africain se fait par un système de votes, et il est souvent remarqué que les électeurs votent en faveur des joueurs de leur propre région. En Afrique, cette situation crée un déséquilibre, car les joueurs d’Afrique subsaharienne bénéficient d’un soutien plus large en raison du nombre élevé de votants dans cette région.

Pour des joueurs comme Achraf Hakimi, qui viennent du Maghreb, cette réalité rend la compétition encore plus difficile, car le nombre de votants dans le nord d’Afrique est plus limité.

Une reconnaissance à construire
l’absence d’Achraf Hakimi dans les premières lignes des distinctions africaines est symptomatique d’un problème plus large. Les défenseurs et, plus généralement, les joueurs évoluant à des postes moins médiatisés, doivent constamment dépasser les attentes pour espérer rivaliser avec les attaquants dans ces compétitions. Pourtant, leur contribution au jeu est tout aussi essentielle, si ce n’est plus, dans l’équilibre d’une équipe.

Hakimi représente aujourd’hui la nouvelle génération de défenseurs modernes, alliant talent défensif, explosivité offensive et influence décisive dans les grands matchs. Il serait temps que ces qualités soient reconnues à leur juste valeur et que les distinctions individuelles cessent de se concentrer uniquement sur les buteurs et stars offensives.

En somme, la non-reconnaissance d’Achraf Hakimi comme meilleur joueur du continent n’est pas seulement une injustice pour le joueur, mais aussi un rappel des biais persistants dans les critères d’évaluation des performances footballistiques. Peut-être est-il temps de réévaluer ce que signifie réellement être « le meilleur » dans un sport qui se gagne d’abord en équipe.

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